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Cet été, envisagez l'a-bandon...
16/06/2010
« J’ai demandé à la Lune », chantait Indochine il y a longtemps. Moi, ce bulletin, c’est plutôt la sagesse qui me l’a dicté…
Que dire de l’abandon?
Tant en philosophie esthétique qu’en littérature, l’abandon a toujours retenu l’attention. Abandonner; être abandonné ou s’abandonner, quel monde de différences…
L’abandon…l’idée commune est qu’on laisse tomber une personne, une chose ou, si vous préférez, qu’une personne ou une chose demeure laissée. L’abandon est plus souvent perçu comme étant passif et exprime l’état d’une chose ou d’une personne délaissée.
Ainsi, pour la plupart d’entre-nous, l’abandon est un terme à connotation négative qui fait référence à une douleur ou à une peine… Personne ne désire être abandonné; en conséquence, tous sont d’accord pour dire qu’être abandonné est pénible. Abandonner est parfois lâche, abandonner est parfois courageux aussi… Il importe de savoir faire la différence…
D’emblée, il faut savoir qu’au niveau historico-linguistique l’abandon est l’action de renoncer à une chose en la (sou)mettant au pouvoir de quelqu’un. Dans l’abandon, c’est l’idée de « laisser » qui prédomine… On laisse, l’abandon est alors est réputé actif; on est laissé, c’est l’abandon passif mais, dans les deux cas, l’abandon brise un lien avec une autre personne.
L’abandon peut aussi être conçu selon une troisième variante : peut-on se laisser soi-même? Peut-on aller jusqu’à s’abandonner?
Pour répondre convenablement à cette question, il faut pousser plus loin l’interrogation linguistique et réaliser qu’en plus de l’idée de renoncement, l’abandon a aussi une seconde connotation, nautique celle là, qui est celle de mettre la voile a-bandon. Sur un voilier, mettre la voile a-bandon signifie de détendre cette dernière, de la laisser choir. Mettre la voile à bandon représente l’idée de laisser retomber sur lui-même le tissu sans autre pouvoir que celui de son propre poids. La voile tombe par elle-même, sur elle-même, de son propre élan. Dans cette perspective, s’abandonner, mettre son élan à-bandon c’est se laisser choir; s’abandonner c’est aussi s’exposer volontairement au danger voluptueux de se laisser choir sans autre précaution que son propre instinct. Se laisser choir c’est renoncer à soi-même au bénéfice de soi; se laisser choir c’est aussi, pour le dire avec Kierkegaard, laisser une part de soi-même au hasard, afin de devenir celui que l’on est réellement.
Ainsi, on choit et l’on échoit… Que restera-t-il de cette chute dans l’incertain? Peut-être rien. Ou peut-être aussi le seul réconfort d’apprendre que nous ne sommes jamais, nous devenons…
Cet été, songez à l’a-bandon…
Ambitieux par vanité, laborieux par nécessité mais paresseux par délice…
- Pierre Augustin de Beaumarchais
Il arriva que le feu prit dans les coulisses d’un théâtre. Le bouffon vint en avertir le public. On pensa qu’il faisait de l’esprit et on applaudit; il insista; on rit de plus belle. C’est ainsi, je pense, que périra le monde : dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce.
- Sören Kirekegaard
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