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    Que sont nos héros devenus?
    Sujet: Que sont nos héros devenus?
    Date d'envoi: 2010-06-07 10:55:11
    Publication #: 69
    Contenu:
    Bulletin Réflexif

    Que sont nos héros devenus?

    07/06/2010

    L'ennemi est bête : il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui.

     

    -    Pierre Desproges

     

    Il est déplorable de le constater mais c'en est presque devenu un lieu commun : la confiance est en crise...

    Une crise est en soi un moment décisif, un moment critique, qui contient en son sein une connotation de trouble, de déséquilibre.  Lors d'une crise on ne sait plus qui croire ou quoi croire ce qui, de nos jours, entraîne une perte de confiance qui elle-même résulte en un cruel cynisme.

    Pourtant, toute entreprise ou gouvernement sait à quel point la confiance - notamment celle des investisseurs, des consommateurs et des citoyens - est importante pour la prospérité, pour la bonne marche des affaires et pour la saine gestion de l'État. Les récents scandales financiers ou politiques ont un effet dévastateur sur le capital de confiance dont pouvaient jouir les entreprises et les gouvernements. Voulant restaurer la confiance endommagée, plusieurs entreprises et gouvernements se sont dotés de politiques de dénonciation ou de codes d'éthique, mais cela est bien insuffisant.

    Les chefs d'entreprises et les gouvernements doivent comprendre que l'éthique et la confiance sont des composantes fondamentales de la culture d'une organisation; elles en constituent l'assise et que sans cette assise c'est l'ensemble qui peut s'écrouler.  Depuis quelques années on constate que de nombreux « abus éthiques » sont commis; ces abus sont notamment perpétrés parce que l'abuseur sait pertinemment que ses abus seront tolérés et qu'il pourra continuer à tromper en toute impunité.  C'est comme si l'abus éthique faisait dorénavant partie des mœurs...

    La confiance, de son côté, est un sentiment précieux qui consiste à déléguer l'avenir à quelqu'un d'autre. Ainsi, pour que la confiance puisse advenir ou exister, il ne faut pas que le décideur tente de tirer avantage à court terme d'une relation à long terme; il faut aussi que le décideur soit vigilant afin de ne pas faire passer son intérêt personnel devant l'intérêt collectif ou celui de l'organisation; enfin,  il faut aussi que le décideur évite de tirer un avantage personnel indu d'une situation professionnelle.  Et c'est justement là ou le bât blesse.  Plusieurs dirigeants, tout en affirmant que la confiance est essentielle, sont indifférents dans leurs actions quant à la préservation ou à l'augmentation de cette confiance et commettent allégrement les abus éthiques dénoncés plus haut.

    En conséquence, les dirigeants d'organisations et les politiciens qui étaient, par leurs exploits, devenus des demi-dieux, des héros des temps modernes, sont tombés en disgrâce et sont maintenant remplacés par des vérificateurs, des contrôleurs ou des commissaires.  Le déficit de la confiance fait en sorte que nos nouveaux héros sont dorénavant des surveillants...  

    Il faut bien convenir qu'en termes de héros on est bien loin d'Ulysse ou d'Agamemnon... mais, surtout, quelle tristesse de ne plus pouvoir faire confiance à nos dirigeants, ces anges déchus...

    *

     

    Il est plus facile d'être héros qu'honnête homme.  Héros, nous pouvons l'être une fois par hasard.  Honnête homme, il faut l'être toujours.

     

    -    Luigi Pirandello

     

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