La désinvolture éthique ou l'art de banaliser l'important

mardi, 31 octobre 2017

La désinvolture éthique ou l'art de banaliser l'important
« Jeter ce sac, quelle sottise » dit Lebret.  « Mais, quel geste! » répond Cyrano.  

Depuis longtemps déjà, la désinvolture a bonne réputation, Rostand l’attestait en en faisant un attribut clef de la personnalité de Cyrano mais force est de constater que, de nos jours,  les politiciens, tant au niveau fédéral que provincial ou municipal font un usage excessif de la désinvolture.  Certains  le font en haussant le menton, d’autres en lançant un regard à l’assistance,  façon Marlon Brando, d’autres encore, en faisant semblant de ne pas avoir compris ou, et c’est pire encore, en tentant de répéter ad nauseam une réponse sans fondement qui ne persuadera personne. 

Alors, oui, la désinvolture est toujours actuelle et semble être devenue une attitude indispensable à un politicien lorsqu’il a décidé d’éviter de répondre aux questions qui lui sont posées.

Mais, osons la question, outre une certaine forme de morgue et bien que le terme soit connu, qu’est-ce que la désinvolture? 

La désinvolture est une attitude dont l’origine linguistique est espagnole.  Le désinvolte, le desenvuelto, était une personne très dégagée dans ses manières, dans ses mouvements et allait même jusqu’à exercer une liberté inconvenante. En quelques mots, le désinvolte donne l’impression de tout prendre à la légère.

De nos jours, la personne désinvolte interviendra dans une discussion ou lors d’une mêlée de presse en démontrant le moins d’effort possible tout en visant à désenvelopper l’argument de la personne qui l’interroge.  Le désinvolte démontre un sang-froid destiné à le placer, croit-il, au-dessus de la mêlée.  De fait, le désinvolte fait étalage de sa puissance, qui est le fondement de sa légitimité dans les circonstances.  Pas de désinvolture sans puissance ni de désinvolture sans légitimité. C’est ainsi cette puissance, alliée à sa légitimité, qui permettent au désinvolte d’apparaître dégagé dans ses manières et d’accomplir des gestes anodins qui parlent fort sans pour autant ouvrir la bouche ni répondre de manière construite. 

Par exemple :

« Des vacances chez l’Aga Khan? Ce n’est pas ce que vous croyez ».

« Non, je n’ai pas placé mes avoirs dans une fiducie sans droit de regard tel que prescrit, mais ce n’est pas ce que vous croyez ».

« On exempte de taxe une entreprise étrangère tout en taxant les entreprises canadiennes, mais ce n’est pas ce que vous croyez ».

« Les hauts dirigeants du ministère ont rencontré les lobbyistes d’une entreprise étrangère à plus de 50 occasions, mais ce n’est pas ce que vous croyez ».

Même hors de l’enceinte du Parlement, lorsqu’interrogés sur les affaires de l’État, il semble que nos élus n’hésitent pas à faire les désinvoltes et évitent de répondre aux questions des citoyens ou de se commettre, préférant sourire à la ronde et offrir de poser pour des selfies

Pourtant ce que les citoyens exigent de leurs élus n’est pas une pose destinée à faire la page Facebook de tous et chacun, c’est une réponse construite et crédible, tout simplement… ce qui s’oppose directement à la manière de voir du désinvolte pour qui seuls le silence ou l’image sont efficaces.

Malheureusement, la désinvolture et ses silences ne sont pas sans effet : ils contribuent directement au renforcement du cynisme et de la piètre estime qu’ont les citoyens envers les membres de la classe politique.  Il est à prévoir que cette estime ne saurait augmenter tant que le niveau de désinvolture ne diminuera pas et que les politiciens continueront à n’offrir que des pirouettes destinées à éviter de répondre plutôt que des réponses aux questions qui leur sont légitimement posées.  

En faisant les désinvoltes, les politiciens se considèrent peut- être cool mais, ce faisant, ils déconsidèrent directement les citoyens en les rabaissant au niveau de simples spectateurs ou d’accessoires photos.   Cette attitude est indigne de la part de membres du gouvernement et ne saurait être exercée à long terme sans endommager de manière irrémédiable la confiance des citoyens envers leurs gouvernants

En cultivant la désinvolture, les politiciens choisissent eux-mêmes de perdre la partie en dévalorisant leurs propres actions.  Préférer le silence ou une photo n’est pas sans conséquences car, plutôt que la confiance, c’est la méfiance qui s’installe.

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